Après avoir engagé des démarches pour récupérer les objets personnels de Samory Touré, la Guinée franchit une nouvelle étape dans son travail de mémoire. Les autorités de Conakry demandent désormais à la France la restitution du crâne de l’Almamy Bokar Biro Barry, dernier souverain du Fouta-Djalon et symbole de la résistance à la conquête coloniale française. Selon le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, la partie française a confirmé, à la fin du mois de juillet, la localisation des crânes de l’Almamy Bokar Biro et de plusieurs de ses compagnons. « Nous avons aussitôt adressé une demande officielle de restitution », a-t-il déclaré sur RFI. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la loi française adoptée en 2023, qui facilite la restitution des restes humains conservés dans les collections publiques. En Guinée, un comité scientifique a déjà été mis en place afin de préparer leur retour, envisagé dans un délai d’un à deux ans. Pour les autorités guinéennes, cette restitution dépasse le simple cadre patrimonial. Elle répond à une exigence de justice historique et de respect de la mémoire nationale. « Le crâne d’un héros de notre histoire n’a pas vocation à rester exposé dans un musée », affirme Moussa Moïse Sylla. Dernier Almamy du Fouta-Djalon, Bokar Biro Barry s’était opposé avec détermination à l’avancée des troupes coloniales françaises. Après sa mort, il fut décapité et son crâne emporté comme trophée de guerre, une pratique alors répandue durant les conquêtes coloniales. Conservé depuis au musée de l’Homme à Paris, il est destiné à être rapatrié en Guinée pour recevoir une sépulture conforme aux traditions.« Chez nous, les restes humains ne s’exposent pas. Ils se respectent », rappelle Mohamed Amirou Conté, directeur du Musée national de Guinée, soulignant la portée symbolique de cette démarche. La question du lieu de l’inhumation reste encore à trancher. Deux sites sont envisagés : Conakry ou Timbo, ancienne capitale du Fouta théocratique. Une chose est toutefois acquise : l’Almamy Bokar Biro recevra des funérailles nationales, en hommage à son rôle dans l’histoire et la résistance de la Guinée.


















