La crise de liquidités qui frappe aujourd’hui la Guinée ne relève ni d’un simple aléa conjoncturel ni d’une contrainte géographique. Elle révèle plutôt une dégradation profonde et progressive de la gouvernance économique et financière du pays.
Depuis plusieurs années, les signaux d’alerte se sont accumulés sans qu’aucune réforme structurelle sérieuse ne soit engagée. Au contraire, certaines orientations politiques ont accentué les fragilités existantes. Dans un contexte de verrouillage du jeu démocratique, la conservation du pouvoir semble avoir primé, avec le financement de campagnes de promotion et la perspective d’échéances électorales coûteuses, assumées sur ressources internes.
Pour soutenir ces dépenses jugées improductives, tout en maintenant des pratiques d’enrichissement et de clientélisme, l’État a procédé à des retraits massifs de liquidités, asséchant progressivement les réserves de la Banque centrale. En parallèle, les banques commerciales ont été incitées, voire contraintes, à mobiliser leurs réserves pour souscrire à des titres publics, officiellement destinés à financer des infrastructures, mais dont l’impact réel sur l’économie reste contesté.
Il est important de rappeler que les réserves des banques commerciales auprès de la Banque centrale ne constituent pas des fonds appartenant à l’État. Elles correspondent aux dépôts des ménages et aux ressources des entreprises. En les mobilisant pour combler ses déficits, l’État fragilise la relation de confiance essentielle entre les banques et leurs clients.
Les effets de cette politique sont désormais visibles : difficultés de retrait, chèques parfois non honorés, et une perte généralisée de confiance. De plus en plus, particuliers et entreprises préfèrent conserver leurs liquidités en dehors du système bancaire, ce qui accentue la contraction de la masse monétaire disponible dans les circuits formels.
Ce phénomène entretient un cercle vicieux : la raréfaction des dépôts limite la capacité des banques à financer l’économie, les investissements ralentissent et l’accès au crédit se réduit. Dans un environnement institutionnel solide, une telle situation pourrait entraîner des recours contre les institutions financières pour manquement à leurs obligations.
Face à cette crise, les autorités ont surtout adopté des mesures de court terme, comme l’injection de nouveaux billets. Or ces réponses ne s’attaquent pas aux causes profondes. La crise actuelle est avant tout une crise de confiance.
Tant que les acteurs économiques douteront de la transparence et de la solidité du système, ils continueront à retirer leurs fonds, aggravant la situation. Ce comportement, compréhensible à l’échelle individuelle, devient néfaste collectivement.
L’absence de reddition de comptes demeure particulièrement préoccupante. Les responsables des dérives observées ne semblent pas inquiétés, ce qui renforce un sentiment d’impunité. Pourtant, une gestion rigoureuse et responsable est indispensable à la stabilité économique.
Il est encore possible d’inverser la tendance, mais cela exige des réformes profondes : plus de transparence dans la gestion des finances publiques, une véritable indépendance de la Banque centrale et une gouvernance orientée vers l’intérêt général.
La crise actuelle doit être un signal d’alarme. Sans changements majeurs, les tensions de liquidité pourraient évoluer vers des déséquilibres économiques et sociaux beaucoup plus graves.
Souleymane Souza Konaté


















