Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Nabé, a salué le succès de l’emprunt obligataire ayant permis de mobiliser plus de 4 579 milliards de francs guinéens, pour un objectif initial de 2 500 milliards GNF. Il a toutefois souligné la nécessité de veiller à ce que cette importante mobilisation de ressources ne provoque pas de pressions inflationnistes. Il s’exprimait ce jeudi, lors de la cérémonie de restitution des résultats organisée au ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, en présence de la ministre Mariam Ciré Sylla et des responsables des banques privées.
La forte mobilisation autour de l’emprunt obligataire de l’État guinéen est perçue par la Banque centrale comme un signe de confiance des investisseurs dans l’économie nationale. Avec un montant souscrit de plus de 4 579 milliards de francs guinéens, soit un taux de souscription de 183,17 %, l’opération a largement dépassé les prévisions initiales.
Pour le gouverneur de la BCRG, Karamo Nabé, cette performance témoigne de l’intérêt des investisseurs locaux pour les instruments de financement proposés par l’État.
« Quand vous voyez que des investisseurs souscrivent et sursouscrivent à un emprunt obligataire, c’est vraiment un gage de confiance », a-t-il expliqué, soulignant que l’attractivité d’un pays se mesure également à la volonté de ses propres investisseurs d’y placer leurs ressources.
Selon lui, la participation des acteurs financiers nationaux constitue un signal important, susceptible de renforcer la confiance des partenaires étrangers et de favoriser de nouvelles opportunités de financement.
La Banque centrale vigilante face au risque d’inflation
Tout en saluant les résultats obtenus, Karamo Nabé a rappelé que la Banque centrale devra suivre attentivement les conséquences de cette opération sur la liquidité du système financier et sur l’évolution des prix.
L’enjeu consiste notamment à déterminer si les souscriptions proviennent de dépôts à court terme susceptibles d’exercer des tensions sur la liquidité bancaire.
« Notre travail maintenant va consister à faire que ce succès ne se traduise pas par de l’inflation », a-t-il précisé.
La BCRG entend ainsi analyser les conditions dans lesquelles les fonds ont été mobilisés afin de prévenir d’éventuels déséquilibres monétaires. L’objectif est de permettre à l’État de disposer des ressources nécessaires au financement de ses projets tout en préservant la stabilité macroéconomique.
Des conditions de financement en amélioration
Le gouverneur de la Banque centrale a également mis en avant l’évolution des conditions auxquelles l’État guinéen accède au financement sur le marché intérieur.
D’après lui, les taux d’intérêt appliqués à cette nouvelle opération sont en baisse par rapport à ceux pratiqués lors de précédents emprunts. Il a aussi relevé un allongement de la maturité des titres, passée des échéances de deux ou trois ans observées lors des premières opérations à une durée de cinq ans pour l’emprunt actuel.
Pour Karamo Nabé, cette évolution traduit une amélioration progressive des conditions de financement de l’État sur le marché domestique. Elle pourrait également favoriser le développement d’instruments financiers à plus long terme, à mesure que la confiance des investisseurs se consolide.
Le responsable de la BCRG estime que cette dynamique doit être accompagnée afin de renforcer durablement le marché financier guinéen.
Élargir la participation au-delà des banques
Malgré les résultats enregistrés, le gouverneur a souligné que le marché reste encore largement dominé par les établissements bancaires. Il a indiqué qu’environ 90 % des souscriptions proviendraient des banques, ce qui souligne la nécessité d’élargir la base des investisseurs.
La Banque centrale souhaite ainsi encourager une participation plus importante des compagnies d’assurance, des institutions de microfinance et d’autres acteurs économiques.
La diaspora guinéenne constitue également une cible importante pour les prochaines opérations de mobilisation de ressources.
L’ambition est de construire un marché financier plus profond, plus diversifié et capable de mobiliser davantage d’épargne nationale au profit du financement de l’économie.
Karamo Nabé a estimé que l’élargissement de la participation des investisseurs permettrait de renforcer la capacité du pays à financer ses projets tout en réduisant sa dépendance à un nombre limité de catégories d’acteurs.
Un succès à consolider
En conclusion, le gouverneur de la Banque centrale a félicité les autorités économiques et les établissements financiers impliqués dans la réalisation de cet emprunt obligataire. Il a notamment salué la mobilisation collective ayant permis de dépasser largement l’objectif initial.
Au-delà du montant mobilisé, cette opération pose désormais plusieurs enjeux : assurer une utilisation efficace des fonds, préserver la stabilité des prix, améliorer les conditions de financement de l’État et élargir progressivement le cercle des investisseurs.
Pour les autorités monétaires, le défi sera donc de transformer cette performance en un levier durable de développement du marché financier guinéen, tout en veillant à maintenir les équilibres économiques.


















