L’état de santé de l’ancien Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, continue de susciter de vives inquiétudes au sein de sa défense. Dans un entretien accordé à Guinée7, son avocat, Maître Dinah Sampil, affirme que son client ne bénéficie toujours pas des soins spécialisés qu’exige sa pathologie et redoute une issue fatale si la situation perdure.
Selon l’avocat, la détention de son client, combinée à l’absence de prise en charge médicale adaptée, a considérablement aggravé son état de santé.
« Depuis avril 2022, il ne reçoit plus les soins curatifs dont il a besoin. Son état n’a cessé de se dégrader. Aujourd’hui, il est incapable de se tenir debout ou de se déplacer sans assistance. Je lui rends régulièrement visite et je constate une détérioration inquiétante de son état. Si une maladie grave n’est pas traitée, elle évolue inévitablement et peut conduire à la mort », a déclaré Maître Dinah Sampil.
Un appel à une évacuation sanitaire
L’avocat rappelle que les spécialistes ayant examiné l’ancien chef du gouvernement avaient déjà conclu, il y a plusieurs années, que les soins nécessaires ne pouvaient être assurés en Guinée.
« J’ai de fortes craintes que Kassory ne perde la vie par manque de soins. Les médecins avaient estimé que sa pathologie nécessitait une intervention chirurgicale impossible à réaliser dans les structures hospitalières du pays. Ils avaient recommandé une évacuation sanitaire. Aujourd’hui, cette recommandation est encore plus urgente qu’elle ne l’était auparavant », soutient-il.
« Sa liberté est acquise, mais il ne peut toujours pas quitter le pays »
Bien que son client bénéficie désormais d’une liberté provisoire, Maître Dinah Sampil dénonce le maintien de l’interdiction de sortie du territoire national.
Selon lui, sur le plan judiciaire, la situation de Kassory Fofana est désormais clarifiée, mais les restrictions administratives demeurent.
« Nous considérons que la procédure judiciaire est arrivée à son terme et que la peine prononcée a été purgée. Pourtant, il lui est toujours impossible de quitter le territoire pour recevoir les soins appropriés. Son passeport lui avait été retiré, comme à plusieurs anciens membres du gouvernement, et cette mesure n’a jamais été levée », explique-t-il.
L’avocat cite notamment le cas de l’ancien président de l’Assemblée nationale, lui aussi malade et empêché de se rendre à l’étranger pour des soins.
« On peut tout refuser à un être humain, sauf son droit à la santé. Les autorités devraient examiner son dossier avec davantage d’humanité. Aujourd’hui, Kassory est complètement abîmé », insiste-t-il.
Des difficultés financières pour assurer les soins
Au-delà de la question de l’évacuation sanitaire, la défense évoque également les difficultés financières auxquelles fait face l’ancien Premier ministre.
Maître Dinah Sampil affirme que l’État aurait cessé, depuis cinq mois, de prendre en charge les frais de son hospitalisation.
« Kassory ne peut pas interrompre son traitement. Pourtant, ses comptes sont bloqués et les fonds qui s’y trouvaient ont été saisis. Il doit désormais assumer seul les coûts de sa prise en charge médicale, alors même qu’il ne dispose plus des moyens nécessaires. Cette situation est extrêmement préoccupante pour sa famille et pour ses conseils », déplore-t-il.
La défense conteste le maintien des accusations de blanchiment
L’avocat est également revenu sur le volet judiciaire du dossier. Selon lui, les accusations de blanchiment de capitaux ne reposent plus sur aucun fondement dès lors que l’infraction de détournement de deniers publics n’a pas été retenue contre son client.
« Le blanchiment d’argent suppose l’existence de fonds issus d’une infraction préalable. Si la justice n’a pas établi de détournement de deniers publics, sur quelle base peut-on continuer à parler de blanchiment ? C’est une incohérence juridique », soutient-il.
Estimant que ces éléments plaident en faveur d’un assouplissement de la situation administrative de son client, Maître Dinah Sampil appelle les autorités à lever l’interdiction de sortie du territoire afin de permettre à Ibrahima Kassory Fofana de bénéficier des soins spécialisés dont il a, selon lui, un besoin urgent.


















