La disparition de Souleymane Diallo, figure historique de la presse indépendante guinéenne, continue de susciter émotion et réflexion au sein du monde médiatique. Au-delà du journaliste engagé, du fondateur du journal satirique Le Lynx et du défenseur infatigable de la liberté de la presse, plusieurs de ses proches regrettent aujourd’hui qu’il n’ait pas laissé de mémoires écrites sur son exceptionnel parcours.
C’est le sentiment exprimé par Idrissa Sampiring Diallo, ancien correspondant du Groupe de Presse Le Lynx-La Lance à Labé, qui garde en mémoire l’une de ses dernières rencontres avec le doyen.
Quelques semaines après la journée de reconnaissance et d’hommage organisée à Conakry par les journalistes guinéens en son honneur, Souleymane Diallo avait tenu à recevoir le journaliste à son domicile de Labé. Une rencontre empreinte de fraternité et de reconnaissance.
« Il m’avait invité pour me confier un message de remerciement destiné aux journalistes de Labé », se souvient Idrissa Sampiring Diallo.
L’entretien s’était déroulé en présence de l’épouse du doyen. Au cours de la conversation, Souleymane Diallo avait précisé avoir également chargé le journaliste Alpha Ousmane Bah, plus connu sous les initiales AOB, de transmettre ses remerciements aux professionnels des médias de la région.
Comme souvent lors de leurs échanges, la discussion s’était rapidement élargie à l’actualité, à l’histoire politique de la Guinée et aux souvenirs d’une vie riche en engagements. Face à celui qui avait traversé plusieurs époques de l’histoire nationale, Idrissa Sampiring Diallo confie avoir pris conscience de la valeur inestimable de son expérience.
« Je réalisais encore, au fil de la conversation, que j’avais une véritable mine d’or en face de moi », raconte-t-il.
C’est alors qu’il décide de poser une question qui lui tenait à cœur : celle des mémoires du journaliste.
« Vous nous devez ce témoignage, doyen », lui avait-il lancé.
Une demande qui faisait écho au parcours exceptionnel de Souleymane Diallo, notamment à son engagement au sein du Regroupement des Guinéens de l’Extérieur (RGE), aux côtés du regretté Siradiou Diallo, dans le combat contre le régime de Sékou Touré.
Pour de nombreux observateurs, l’ancien patron du Lynx était l’un des témoins privilégiés de plusieurs décennies de luttes politiques, d’exil, de militantisme démocratique et d’évolution du paysage médiatique guinéen. Son récit personnel aurait constitué une source précieuse pour les générations futures.
Mais la réponse du doyen fut empreinte de simplicité et de sincérité. Selon Idrissa Sampiring Diallo, Souleymane Diallo lui a confié n’avoir jamais entrepris la rédaction de ses mémoires. Plus encore, il reconnaissait que le poids des années avait progressivement estompé certains souvenirs.
« Malheureusement, je ne me souviens plus de grand-chose », aurait-il admis avec lucidité.
Cette confidence résonne aujourd’hui comme l’un des grands regrets de ceux qui ont côtoyé le journaliste. Car avec lui disparaît une mémoire vivante de plusieurs chapitres essentiels de l’histoire contemporaine de la Guinée.
Toutefois, Idrissa Sampiring Diallo garde l’espoir qu’une partie de cet héritage puisse encore être préservée grâce aux témoignages de son épouse, témoin privilégiée de nombreuses étapes de sa vie.
« Peut-être que certains aspects de son parcours pourraient être rattrapés à travers les souvenirs qu’elle conserve encore », estime-t-il.
Cette éventualité pourrait permettre de sauvegarder une partie des confidences, anecdotes et récits que Souleymane Diallo avait partagés au fil des années avec celle qui a accompagné son existence.
Au-delà du journaliste, c’est aussi un témoin de l’histoire qui s’en est allé. Un homme qui aura vécu l’exil, le militantisme politique, la naissance de la presse privée, les combats pour la liberté d’expression et les grandes mutations démocratiques de la Guinée.
Aujourd’hui, alors que les hommages se poursuivent à travers le pays et au sein de la diaspora, beaucoup mesurent l’importance de préserver la mémoire des pionniers qui ont façonné l’histoire nationale.
Le « Gros Lynx » n’a peut-être pas laissé de manuscrit. Mais il laisse derrière lui une œuvre journalistique immense, des générations de professionnels formés à son école et une conception exigeante de la liberté de la presse qui continuera longtemps d’inspirer le journalisme guinéen.
Avec Souleymane Diallo disparaît une bibliothèque de souvenirs. Reste désormais à faire vivre son héritage à travers ceux qui l’ont connu, écouté et admiré.
Par Mamadou Chérif Diallo pour Infosbruts.com


















